Une décision du CDJ belge : les journalistes peuvent décider de ne pas accueillir en direct des partis anti-démocratiques

Envoyé le 29 janvier 2019

Une  télévision privée régionale, Canal C,  a saisi le Conseil de Déontologie Journalistique de la Communauté française de Belgique pour avoir un avis déontologique à opposer au Parti Populaire qui a porté plainte contre cette chaîne devant le CSA belge. En septembre dernier, Canal C, après une étude approfondie des écrits du Parti Populaire – parti conservateur jugé généralement comme d’extrême droite – et des déclarations de ses leaders, avait décidé de ne pas inviter ses candidats dans des débats électoraux. La chaine appuie cette décision sur différents textes belges, règlementaire comme le Règlement relatifs aux programmes de radio et de télévision en période électorale  ou déontologique comme un avis du CDJ sur la couverture des campagnes électorales (lire ici) .

Ces textes posent que les médias doivent éviter de donner la parole en direct à des partis « liberticides ». L’idée qui prévaut est de ne pas laisser  » utilise[r] les espaces de liberté pour saper les fondements de la démocratie et de la liberté qui permettent pourtant [à ces partis] de s’exprimer »

Le CDJ a donné raison à Canal C. Il faut lire cette décision et ces textes dans le contexte belge, ou la stratégie du « cordon sanitaire » vis-à-vis de l’extrême droite est inscrite dans les pratiques politiques et même, comme on l’a dit, dans des textes dans la partie francophone du royaume.

Mais on peut retenir trois arguments qui motivent cet avis.

* Il n’y a aucune automaticité entre une candidature et l’invitation d’un candidat sur un plateau

* Qu’une formation politique soit invitée sur d’autres médias ne fait pas une obligation de l’inviter

* La question n’est pas politique ou juridique mais éditoriale.

Ce dernier point est le plus important et vaut au-delà de la Belgique : c’est bien aux équipes rédactionnelles de décider qui elles invitent ou pas. Pas au juge, à une administration  ou au gouvernement. Ce choix éditorial doit reposer sur des arguments factuels (nombre de candidats présentés par exemple) mais peut aussi faire référence à des valeurs que le média promeut. Ce dernier point est le plus délicat à apprécier, notamment dans le cas du service public , « neutre » et qui ne promeut d’autres valeurs que la démocratie.

Cependant, à un moment où les médias sont accusés d’ignorer voire de censurer des voix dissonantes, il n’est pas inutile de rappeler qu’on ne peut, si on veut informer honnêtement, ignorer les tendances extrêmes et/ou émergentes, ou comme l’a écrit en 1976 la Cour Européenne des Droits Humains » les informations ou idées […] qui heurtent, choquent ou inquiètent l’État ou une fraction quelconque de la population ».

Le corolaire de cette règle est de ne pas abandonner toute vigilance et responsabilité éditoriales sur ce qui est dit par des tiers dans ses colonnes ou sur son antenne. Pierre Ganz

Lire l’avis du Conseil de Déontologie journalistique de Belgique francophone

Le télécharger CDJ-18-74-demande-davis-de-CanalC-avis-16janvier2019

Un commentaire

  1. Les journalistes ne doivent plus seulement défendre la liberté d’expression et la liberté de la presse, mais aussi défendre la liberté de ne pas relayer toutes les opinions…
    Pour encore combien de temps ?