La « cyberguerre » de l’information va au delà des fake news

Envoyé le 21 février 2017

Il y a une cyberguerre de l’information en cours. Elle ne se limite pas aux « fake news ». Sous le titre « Fake News, c’est compliqué », Claire Wardle, membre de la coalition international des journalistes First Draft News*, propose une typologie de ces fausses informations. Elle estime en effet que l’expression « Fake News » n’aide pas les journalistes et les conduit à des propos maladroits ou trop généralistes, car elle ne permet pas de décrire la complexité des différents types de mauvaise information et de désinformation. Pour elle, la mauvaise information désigne le partage involontaire d’une fausse information alors que la désinformation procède d’une intention délibérée.

Pour trier dans les « Fake News », Claire Wardle suggère trois approches : les types de contenus, les motivations des auteurs et les mécanismes de diffusion.

Elle identifie sept types de contenus, du moins nocif au plus toxique : la « satire », qui n’a pas d’intention malveillante mais peut être trompeuse ; les « connexions erronées », lorsque la titraille ou les illustrations ne correspondent pas au contenu ; les « contenus trompeurs », soit une information appliquée à un contexte différent du contenu d’origine ; les « faux contextes », lorsqu’un contenu est partagé avec une information contextuelle fausse ; les « contenus imposteurs » dans lesquels la source se fait passer pour authentique ; les « contenus manipulés » dans lesquels des contenus authentiques sont trafiqués dans le but de tromper ; enfin, les « contenus fabriqués », qui sont des informations nouvelles totalement fausses dont l’intention est de nuire.

Claire Wardle identifie ensuite huit intentions différentes en fonction de l’identité et des motivations des créateurs, là encore dans une graduation du moins au plus toxique : le « journalisme pauvre », qui reprend sans vérifier, la « parodie », apparentée à la satire, la « provocation », qui vise à créer du buzz, la « passion », qui est le propre des personnes engagées, la « partialité », ou l’esprit de parti, le « profit », pour ceux qui en espère des retombées personnelles, « l’influence politique » ou la conquête du pouvoir, enfin la « propagande », prête à tout.

On peut croiser en un tableau les sept types de contenus et les huit intentions. Mais il faut y ajouter les mécanismes de diffusion de ces contenus : certains sont partagés involontairement (sans vérification) sur les réseaux sociaux, par des particuliers et parfois par des journalistes ; d’autres émergent car elles sont poussées par des groupes de personnes qui souhaitent influencer l’opinion publique ; enfin, certains contenus sont diffusés lors de campagnes de désinformation à l’aide de réseaux de robots. Les trois mécanismes de diffusion peuvent se cumuler.

L’auteure parle invite donc à analyser la globalité du phénomène à « un moment crucial » où le danger est plus grave que les simples « fake news » que certains se contentent de dénoncer . P.E.

 

Lire ici l’article de Claire Wardle en anglais ou en français:  Les fake news ? c’est plus compliqué

* Claire Wardle est responsable de la stratégie et de la recherche pour First Draft News pour en savoir plus sur cette plateforme : https://fr.firstdraftnews.com/a-propos/ « . Elle a dirigé le département recherche au Tow Center for Digital Journalism à la Columbia Journalism School et est une des initiatrices d’ Eyewitness Media Hub @emhub. Elle s’intéresse à tous les sujets du journalisme, en particulier les médias sociaux et contenus générés par les utilisateurs.

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