Regards sur la fabrication de l’information économique

Envoyé le 6 février 2019

Parmi les questions posées aux journalistes ces dernières semaines se trouve celle de l’information économique. Elle est jugée orientée, monolithique , coupée des réalités de vie des français comme d’autres secteur de l’actualité. L’Institut pour le développement de l’information économique et sociale vient de publier son rapport annuel  L’état de l’information économique” et de co-organiser à ‘Université Paris-Dauphine deux tables rondes.

On s’attardera surtout ici sur deux constats qui ont des conséquences déontologiques sur la qualité de l’information. D’une part la faible connaissance des questions économiques par les  journalistes  – et semble-t il par les français en général. Ajouté au manque de moyens, cela conduit les journalistes, écrit le rapport de l’IDIES “à se faire manipuler plus aisément par ses interlocuteurs, notamment les services de communication des entreprises”. Le rapport déplore aussi que la plupart des journalistes politiques, qui mènent les débats dans les médias, “[n’aient] pas de compétences sur le fond des dossiers économiques et sociaux” et se limitent souvent à reprendre des lieux communs de la pensée dominante. Cette ignorance de fond des questions économiques contribue à donner dans les médias à l’économie un statut “qui encourage un traitement «apolitique» et faussement objectif des sujets économiques”.

D’autre part, et c’est en partie une conséquence du premier point, l’appel à des experts dont la parole est rarement mise en débat, et dont on ignore ou tait les liens avec des secteurs de l’économie. “Assurer un véritable pluralisme de l’expertise est un enjeu majeur, pour la qualité de notre vie démocratique” écrit l’IDIES, qui prend l’exemple  “[des] économistes de banque, ou liés aux banques,[qui] pèsent aujourd’hui d’un poids trop important dans le discours public sur l’économie.

Sur cette question des experts, lors d’une des tables rondes organisées le 5 février par l’IDIES avec l’Institut Pratique du Journalisme et Les Entretiens de l’Information, Pascal Riché, le directeur adjoint de la rédaction de L’Obs mettait en garde :”si on met des experts partout, on contribue à nourrir la crise de confiance envers les médias”. Mais les journalistes n’ont pas à “devenir des experts” a t on dit lors de cette journée , et la rédactrice en chef du service économique de l’AFP a affirmé “qu’il faut sortir [de la rédaction] pour parler d’économie”.

Le choix des médias généralistes est de “faire comprendre des infos qui gouvernent le quotidien des gens”, comme le dit Gaëtane Meslin de BFM TV. Ou de privilégier une approche “‘servicielle” de l’économie pour répondre le plus concrètement possible aux questions que se pose le public. Ainsi Le Parisien a enregistré en 24 heures 500 000 vues avec un article consacré à la hausse de certains produits dans les grandes surfaces suite à la loi ALIM, anglé “comment consommer malin face à la hausse”.

Enfin, le rapport comme les débats organisés à l’Université de Paris-Dauphine, pointent un système de “reproduction” de l’information qui n’est pas sans poser des questions éthiques. Si le journaliste de la presse spécialisée travaille sur les données de base des questions économiques pour écrire son article, il inspire souvent des confrères pris par le temps et le manque de moyen dans d’autres rédactions dont on peut se demander s’il ”dispose des compétences qui lui permettent d’exercer son sens critique”.

Enfin, et ce n’est pas le moins intéressant du rapport de l’IDIES, on se reportera aux 11 entretiens avec des journalistes ou un sociologue des médias pour enrichir,entre autres, ces réflexions.Pierre Ganz

Le rapport de l’IDIES est consultable ici

Un commentaire

  1. Deontofi.com est un beau contre-exemple, car écrit par un journaliste économique et financier ayant 30 ans d’expérience capable de critique vis-à-vis des sources corporate à l’origine de l’essentiel de l’info éco en France.
    Seul bémol, Deontofi.com n’a aucune publicité car les acteurs de l’économie sont pires que tous dans le refus des critiques de leurs pratiques malhonnêtes ou illégales.