Les médias sont-ils dangereux ? (note de lecture)

Envoyé le 28 octobre 2017

L’équipe de l’hebdomadaire Le 1 a compilé dans ce petit livret des articles publiés entre septembre 2016 et avril 2017, dont le thème commun est l’étonnement et l’inquiétude devant ce que deviennent ou vont devenir les médias. Encore ce mot valise ne désigne t il pas dans chaque écrit la même chose. On passe en effet au fil des textes du journalisme comme profession et de la presse au sens large aux réseaux sociaux et à la société de communication globale et fermée. Sur fond d’appauvrissement, d’uniformisation et de pauvreté des contenus pourtant innombrables.

Les amateurs d’anecdotes sur la petite histoire de la presse apprécieront le récit que fait Eric Fottorino de son expérience à la direction du Monde, quand Nicolas Sarkozy, alors à l’Elysée, a oeuvré dans l’ombre pour fragiliser financièrement le quotidien qui refusait d’être racheté par Arnaud Lagardère. Mais cette résistance est des seuls éléments concrets de ce recueil. On est loin des enquêtes et ou reportages en France et à l’étranger annoncés en quatrième de couverture. A la lecture de ces analyses, parfois de ces cris de colère ou d’indignation, on a le sentiment que non seulement il faut sans doute avoir peur des médias, qu’ils sont « dangereux », mais que leur « côté obscur » a déjà remporté la partie. Au coeur de ce constat suggéré plus que formulé, il y a Facebook et ses avatars, objets jugés foncièrement toxiques qui nous transforment « en marionnettes numériques »dit le philosophe Bernard Stiegler, qui nous imposent « la vision américaine de ce qui est socialement acceptable de ce qui ne l’est pas » ajoute le journaliste Yves Eudes. Le reste – c’est à dire les médias dits traditionnels – sont décrits dans différentes contributions comme un milieu suicidaire et lâche, condamné aux concentrations, soumis à des actionnaires qui les méprisent, pratiquant une agressivité de surface et une indépendance de façade.

Le ton était donné en introduction par un extrait d’un discours prononcé par Alexandre Soljétitsyne en 1978 à Harvard, où on lit : « l’Occident, qui ne possède pas de censure, opère pourtant une sélection pointilleuse en séparant les idées à la mode de celles qui ne le sont pas (…) Sans qu’il y ait, comme à l’Est, violence ouverte, cette sélection opérée par la mode , ce besoin de tout conforter à des modèles standards empêchent les penseurs les plus originaux d’apporter leur contribution à la vie publique et provoquent l’apparition d’un dangereux esprit grégaire qui fait obstacle à un développement digne de ce nom ». N’est-ce pas l’univers des GAFA – la technologie en moins – que décrivait l’écrivain russe il y a 40 ans ?

Alors les réseaux sociaux si terrifiants ne seraient ils que la version moderne d’un mal qui ronge depuis longtemps les démocratie ? et la résistance ne passe t elle pas par toujours plus de professionnalisme et d’exigences déontologiques pour une information au service du seul public ? Est-ce pour cela, qu’incorrigibles optimistes, les auteurs de cette compilation ont fait figurer en annexe,  en plus d’une sélection de livres et de films qui donnent à réfléchir,  la liste des écoles de journalisme ? PG.

Les médias sont ils dangereux ? Comprendre les mécanismes de l’information . Sous la direction d’Eric Fottorino.     Collection les indispensables ,  Edition Le 1 / Philippe Rey (octobre 2017)  — 90 pages — 7,90 €