Pourquoi candidater au Conseil d’administration de la Société des lecteurs du Monde ?

Envoyé le 27 mars 2019

Les études faites par divers organismes sur le panel des lecteurs de presse déclinent des lectorats variés, catégorisés souvent à gros traits, tel le lectorat jeune qu’on décrit nourri quasi exclusivement par les réseaux sociaux ou tels les lecteurs de journaux dits de référence comme le Monde, souvent d’un âge plus avancé et engagés dans la défense de la qualité de l’information. Les lettres de candidature au conseil d’administration de la Société des Lecteurs du Monde montrent, au-delà de l’attachement au journal, non dénué d’un esprit qui peut être critique, une forte motivation pour soutenir la fiabilité de l’information, garante de la démocratie. Les bouleversements que connaissent les médias actuellement suscitent diverses réactions.

La liberté de la presse et l’indépendance des rédactions semblent une préoccupation majeure. Elles s’ancrent dans le souci de défendre une démocratie mise à mal par divers mouvements. Les citations ci-dessous en témoignent.

Les lecteurs considèrent qu’ils ont un devoir de vigilance qu’ils expriment avec force. Ils souhaitent : « s’engager pour la liberté de la presse et le droit des journalistes à exercer en toute indépendance leur métier ». Ils pensent que « dans le contexte où la presse indépendante est en position de faiblesse, (…) une implication des lecteurs est sans doute nécessaire pour apporter un soutien constructif aux équipes de rédaction ». On lit aussi : « la vigilance des lecteurs est effectivement une garantie [nécessaire mais pas suffisante] d’indépendance et de qualité du journal ». Se reconnaissant « dans les valeurs humanistes et déontologiques du Monde» ce lecteur «souhaite que le journal puisse à tout prix conserver son indépendance ». Un autre affirme « oui, je souhaite avoir mon mot à dire sur l’indépendance de la presse et du quotidien Le Monde en particulier ».

Préserver les valeurs de tolérance et de liberté

Le contexte renforce la conviction des lecteurs. « Un enjeu majeur, loin d’être nouveau, est celui de l’indépendance, avec en particulier la question de l’actionnariat et de l’entrée massive au cours de ces dernières années d’actionnaires industriels » écrit l’un. Et un autre : « dans un contexte de remise en cause, il est plus que jamais nécessaire, non seulement de préserver les valeurs de tolérance, de liberté d’information et d’expression, mais aussi de penser et de renouveler sans cesse la place et le rôle de l’information dans la République et dans la société de demain ».

Pour ces lecteurs, les médias doivent apporter des éléments de décryptage, de lutte contre les fake news, et jouer leur rôle de contrepouvoir. Ils veulent « avoir accès à une presse dont le contenu des articles, (…) permet de se construire une opinion fondée sur des faits et des analyses qui souvent mettent à mal ce que l’on appelle aujourd’hui les fake news ». Le journal doit être « un outil d’analyse et de décryptage de la France et du monde, qui aide les lecteurs à se forger leur opinion et à comprendre les ressorts multiples de notre société ».

L’intérêt porté au journal est « redoublé en cette époque de fausses informations répandues par les réseaux sociaux et de crédulité collective liée à la perte de lien social dans le monde réel, supposément remplacé par le lien des amis de Facebook ». Alors que « la crédibilité [de la presse] est mise en cause tant par la classe politique que par le grand public et que les fake news se répandent comme trainée de poudre, il semble primordial de préserver une presse indépendante et crédible qui puisse jouer un réel rôle de contrepouvoir dans la société française ».

Les lecteurs attendent de la presse qu’elle joue un rôle éducatif  s’inscrivant dans une mission d’intérêt général. Certains se disent « préoccupé(s) de l’évolution de la qualité de l’information vis-à-vis des plus jeunes et notamment sur les méthodes à mettre en œuvre pour que l’information puisse leur parvenir afin d’aiguiser leur esprit critique ». Pour ceux là, « la presse écrite ( …) permet de développer un certain esprit critique, fondé sur des informations validées par des professionnels, sur la présentation balancée de différentes opinions argumentées, sur l’absence d’un parti-pris trop évident ». Le journaliste peut « faire éclater la vérité au plus grand nombre suite à une investigation approfondie, [et] permettre de défendre les intérêts des plus humbles, de remettre l’intérêt général au cœur de l’action politique et de faire réagir les élites ».

In fine, ces lecteurs reviennent aux fondamentaux de la déontologie professionnelle : « les fondements de la crédibilité d’un journal me semblent être sa constance, sa rationalité, son indépendance par rapport à toute forme de pouvoir et l’étendue de son champ intellectuel ». Véronique Richard

Véronique Richard , membre du conseil d’administration de la Société des lecteurs du Monde, est membre du comité d’éthique et de déontologie du Monde. Elle est Secrétaire générale de la Conférence des métiers du journalisme. Elle a été directrice du Celsa pendant dix ans, après en avoir été la directrice adjointe les dix années précédentes.