Ours en peluche égorgé : pas de transgression de la déontologie

Envoyé le 17 avril 2016

André Linard, le Secrétaire général du Conseil de déontologie journalistique de Belgique francophone signale un avis rendu récemment le 14 avril par le Raad voor de Journalistiek (RvdJ – le conseil de déontologie flamand)  sur un dessin qui avait pu choquer. Nous reprenons ici l’essentiel de son analyse.

André Linard explique d’abord qu’il s’agit « d’une caricature qui avait été contestée lors de sa publication le 1erseptembre dernier dans Het Belang van Limburg. On y voyait un enfant égorger un ours en peluche en invoquant Allah et d’autres enfants hurler, sous le titre : Rentrée des classes à Molenbeek. Les critiques émises à l’époque visaient le lien établi entre une école de Molenbeek et les décapitations médiatisées par l’Etat islamique. Beaucoup y ont vu une stigmatisation de la communauté musulmane jusque dans ses enfants. Unia (l’ex-Centre pour l’égalité des chances) avait estimé que ce dessin ne transgressait pas la législation anti-raciste mais avait demandé un avis au RvdJ quant au respect de la déontologie journalistique. La conclusion du Raad va dans le même sens ».

Le RvdJ , précise André Linard, « souligne qu’il n’est pas juge du bon goût, de la qualité d’un tel dessin ni de sa concordance avec la ligne éditoriale du Belang van Limburg Ses seuls critères sont les normes déontologiques. Le Raad examine ensuite ce dessin à la

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Rentrée des classes à Molenbeek

lumière du Code flamand de déontologie et en particulier des articles qui garantissent aux journalistes une liberté maximale dans le traitement responsable de l’information et qui précisent qu’une opinion, une chronique ou une caricature bénéficient d’une plus grande liberté de traitement à partir des faits. Cela vaut aussi pour les opinions blessantes, choquantes et provocantes, les dessins et la satire étant par nature vecteurs d’exagérations ». Le RvdJ comprend aussi que cette caricature ait pu paraître stigmatisante à certains, ce qui est lié au caractère simplificateur de cette forme d’expression. Mais il n’y voit pas de haine ou d’incitation à la discrimination ou au racisme. Le Conseil flamand de déontologie conclut dès lors que ce dessin ne transgresse pas la déontologie journalistique. »

Des cas difficiles à traiter

André Linard donne ensuite deux exemples où le Conseil de déontologie journalistique de Belgique francophone a lui aussi déjà pris position dans des dossiers de plainte visant des caricatures. Précisant que ce  « ne sont pas [des cas] faciles à traiter » il raconte qu’en « 2012, le CDJ a estimé qu’une caricature d’un homme d’affaires juif dans Le Soir ne dépassait pas les limites du genre, à savoir forcer le trait pour faire passer une idée sous forme humoristique. Qu’elle soit jugée de bon ou de mauvais goût n’est pas pertinent au plan de la déontologie. » Autre exemple cité : « En 2013, le CDJ a constaté qu’un dessin publié dans La Meuse Huy-Waremme était problématique parce qu’il pouvait être perçu comme imputant à l’ensemble d’une communauté (les Albanais de Huy) des faits violents commis par quelques-uns de ses membres. Ce n’était pas l’intention mais une différence peut exister entre l’intention qui préside à la formulation d’un message et la manière dont il est perçu. Le CDJ a cependant conclu que dans ce cas particulier, les aspects problématiques n’allaient pas jusqu’à constituer un manquement à la déontologie journalistique notamment en raison du contexte de sa publication : le journal avait publié à la même période une série d’autres articles que les lecteurs ne pouvaient ignorer et qui témoignaient d’un refus de prises de position extrémistes ».