Un nouvelle charte d’éthique mondiale du journalisme

Envoyé le 28 juin 2019

Charte d’éthique mondiale des journalistes. Le titre peut paraître prétentieux. Mais le document adopté le 12 juin à Tunis au 30e congrès de la Fédération Internationale des Journalistes a reçu l’aval des 187 syndicats membres, et devient la référence des 600 000 journalistes revendiqués par la FIJ.

Au delà de ces chiffres, ce texte est d’abord la première approche globale des questions de déontologie, entre journalistes de tous les continents, des pays où la liberté d’expression est encore à défendre et à conquérir comme ceux où une tradition démocratique octroie une grande liberté aux médias et aux journalistes. Le texte précédent, le Code de principes de la FIJ sur la conduite des journalistes, adopté en pleine guerre froide à Bordeaux en 1954, même revu en 1986, pouvait être considéré comme très “occidental”. Celui-ci a une tonalité réellement universelle.

Cette ambition est affichée par la référence , dans le préambule de cette Charte, à la Déclaration Universelle des droits de de l’homme . Les grands principes éthiques du journalisme sont réaffirmés, et replacés dans le contexte du XXIé siècle. Ainsi, au delà du nécessaire rappel au sacro saint respect des faits, l’article 3 invite à être «prudent dans l’utilisation des propos et documents publiés sur les médias sociaux » . La classique condamnation des méthodes déloyales est renforcé d’une interdiction « de recourir à des enregistrements cachés d’images et de sons, sauf si le recueil d’informations d’intérêt général s’avère manifestement impossible».

L’article 16 du texte innove enfin en ne reprenant pas la notion traditionnelle juridiction des pairs en matière d’honneur professionnel. Il pose que les journalistes, s’ils reconnaissent « le droit connu de chaque pays» , n’accepteront ,« en matière d’honneur professionnel, que la juridiction d’instances d’autorégulation indépendantes, ouvertes au public, à l’exclusion de toute intrusion gouvernementale ou autre». Une façon d’inciter tous les adhérents des syndicats membres de la FIJ à soutenir la création de telles instances là où elles n’existent pas, ou à œuvrer pour qu’elles acquièrent une réelle indépendance.

Bien sûr, une telle charte vaudra aussi par l’engagement de ceux qui l’ont adoptée à la respecter et à la faire respecter. Son existence ne règle pas tous les problèmes déontologiques. Mais elle offre un cadre éthique général qui pourra servir de référence à bien des débats dans les rédactions, et au-delà.

Pierre Ganz

La Charte d’éthique mondiale des journalistes est téléchargeable ici