La presse locale face au défi de la communication territoriale

Envoyé le 19 décembre 2016

Journalistes et communicants ont débattu des avantages comparés et des relations et interférences entre leurs activités lors d’un atelier proposé à la  7e journée de la presse en ligne organisé à la Gaité Lyrique à Paris le 9 décembre par le Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (SPIIL).

C’est en effet un « vrai défi » a expliqué Jacques Trenteseaux, ancien journaliste à L’Express et co-fondateur d’un site d’enquête sur les villes lancé début décembre, Mediacités, car «on assiste à un renversement du rapport de force » entre les deux univers. Grace à la décentralisation, la communication territoriale bénéfice de budgets importants alors que la presse locale peine à trouver des ressources publicitaires.

Ainsi à Lille où, si l’on ne prend pas en compte l’audiovisuel, la deuxième plus importante rédaction de la ville (après La Voix du Nord ) est celle de la mairie. 8 personnes y sont salariées ; 110 000 exemplaires du mensuel municipal sont distribués gratuitement dans les boîtes aux lettres. Ce renversement de tendance questionne sur l’éditorial devenu flou : la publicité rédactionnelle se cache dans la presse locale alors que l’on trouve dans les médias des collectivités de « vraies » enquêtes, par exemple sur les services qu’elles peuvent offrir.

Même constat de Christophe Grimbert, ancien journaliste, conseiller municipal devenu blogeur politique à Puteaux : plusieurs milliers d’euros sont consacrés à la communication de la ville avec un mensuel distribué gratuitement, un « vrai journal de propagande » qui ne respecte pas la démocratie locale, publie en 25 exemplaires la photo du maire et ne parle que de gens heureux. Dans son blog monputeaux.com il publie des enquêtes sur des sujets jamais traités, comme récemment les logements insalubres.

La frontière entre communicaiotn et information s’estompe

 Christophe Grimbert regrette le temps où Le Parisien avait un correspondant dans chaque commune des Hauts de Seine. Aujourd’hui, seuls 3 journalistes couvrent pour ce journal l’actualité d’une population d’un million et demi d’habitants. Ce qui se traduit pour Puteaux par un article ou deux par semaine. Comment dans ces conditions faire son métier de journaliste de proximité ?

Les communicants se défendent bien sûr de vouloir concurrencer la presse locale. Mais se réjouissent qu’un sondage de Cap Com (le réseau de la communication publique et territoriale) indique que 77% des personnes interrogées liraient les journaux municipaux et 43 % y rechercheraient des articles sur les grands travaux de la ville, mais aussi des informations politiques. Pierre Chapdelaine, membre de Cap Com, reconnait que la stratégie « journalistique » adoptée en matière de communication politique estompe la frontière entre communication – dont il met en avant l’utilité y compris pour la presse locale – et l’information.

La solution pour l’avenir de la presse – car la presse a un avenir comme le promettait l’intitulé de cette journée du SPIIL –  est de « renouer avec les fondamentaux du journalisme [car] c’est la seule voie possible » a dit Jacques Trenteseaux, « pour que chacun trouve sa juste place, dans la transparence ». Les journalistes savent enquêter, respectent des règles déontologiques à opposer à un public toujours méfiant. Il suggère « trois axes : travailler son identité – et donc son indépendance, offrir l’exclusivité de ses informations et tisser de vrais liens avec sa communauté de lecteurs. ». Jacqueline Papet