La sécurité des journalistes et de l’information au cœur des premières Assises internationales du journalisme de Tunis.

Envoyé le 19 novembre 2018

Plus de 500 journalistes venus de trente pays de la Méditerranée, d’Europe et d’Afrique, se sont réunis du 15 au 17 novembre 2018, pour la première édition des Assises Internationales du Journalisme de Tunis.

La Cité de la Culture était remplie de journalistes avec des histoires individuelles  : des journalistes Yéménites, une jeune photographe Yézidi qui sortait pour la première fois d’un camp de réfugiés en Irak (et qui y est retournée dès lundi), des journalistes égyptiens, syriens, ivoiriens, maliens etc… tous avaient le désir de parler, de faire part de leurs difficultés et de leur foi dans leur métier.

Sur le thème « Un journalisme utile aux citoyens », les ateliers professionnels du matin ou les débats publics de l’après midi ont évoqué l’indépendance des médias publics, la lutte contre les fausses nouvelles, la sécurité numérique, l’avenir du photojournalisme ou encore les nouveaux outils du journalisme.

Premier constat, les problématiques, en apparence identiques, sont en fait très différentes de chaque côté de la Méditerranée. Nous en avons eu un exemple lors du débat « Garantir un véritable statut pour les journalistes »  : les intervenants français détaillaient le statut français (conventions collectives, loi Brachard, carte d’identité des journalistes professionnels etc..), les questions du public étaient surtout liées à la sécurité du journaliste.

Idem lors du débat intitulé « Lutter contre les fake news  : quelles propositions ». Là encore l’intervention détaillée et précise d’Alexandre Capron des Observateurs de France 24 sur les outils de vérification des manipulations de l’information a été contrebalancée par cette interrogation d’un journaliste africain  :  » on vérifie, on montre que la déclaration du gouvernement est erronée (lors de manifestations par exemple) et on finit en prison ou pire;  on a eu raison, mais à quel prix! »

Sur un plan plus optimiste, lors d’un atelier consacré à l’autorégulation des médias, le débat a confirmé l’intérêt de ces instances pour regagner la confiance du public. Il apparait que la confiance dans les médias est plus élevée dans les pays où il y a depuis longtemps un Conseil de Presse.

Le conseil de presse tunisien devrait être opérationnel début 2019. En gestation depuis plusieurs années, il est composé de représentants du Syndicat National des Journalistes Tunisiens (SNJT), de la Fédération générale des directeurs de journaux , et de représentants de la société civile, notamment la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme. Il fondera son travail sur une base morale et non juridique ont expliqué ses représentants, et collaborera avec la Haute autorité indépendante de la communication (HAICA).

Muriel Hanot, la secrétaire générale du Conseil de déontologie journalistique belge, présente à Tunis, a été beaucoup interrogée sur le fonctionnement du CDJ. Elle a souligné que l’information en Belgique avait gagné en qualité ces dernières années. “”Le CDJ ne rend pas ses décisions au service d’un média particulier” a t elle expliqué, “mais au service de la profession” et du public “en contribuant à l’éducation aux médias”. Celui-ci s’en rend compte : “dans les pays où une instance d’autorégulation existe depuis longtemps, comme les pays nordiques” a continué Muriel Hanot, “la confiance du public [dans les médias] est plus élevée”. Et de souligner que lorsque le public a confiance dans un média qui respecte la déontologie et accepte le regard d’une instance de régulation indépendante, c’est un atout économique pour ce média.

Les travaux se sont conclus samedi par un « appel solennel » aux « dirigeants politiques, aux responsables économiques, aux représentants des syndicats, des associations et à la société civile pour que la liberté d’expression et la liberté de la presse soient défendues dans leurs pays comme un bien fragile et précieux ».

Kathleen Grosset.

 

voir aussi l’ensemble des articles réalisés à Tunis par les élèves de l’École publique de journalisme de Tours