Femmes, hommes, modes d’emploi dans les médias

Envoyé le 24 novembre 2018

La collection « chercheurs & journalistes » éditée par l’Alliance internationale de journalistes vient de publier un 7e livret, consacré à l’égalité professionnelle dans les médias. Il reprend le travail présenté par chercheuses et journalistes lors de la Conférence Nationale des Métiers du Journalisme (CNMJ) à La Sorbonne en janvier 2018.

Le constat est connu : si en France , la profession de journaliste compte 46,5% de femmes parmi les titulaires de la carte de presse, elles ne sont que 36 % à des postes de direction. Cela a un impact sur l’évolution inégale des carrières et des revenus, mais aussi sur le contenu des journaux, radios et télévisons, dans une médiatisation stéréotypée du rôle et de la place des femmes dans la société.

Ce petit ouvrage décrit l’état du combat pour l’égalité dans plusieurs médias, Les Echos, l’AFP, TF1, Ouest-France, L’Equipe ou plus largement dans l’audiovisuel ou les quotidiens régionaux. Il en ressort que les choses évoluent mais qu’il reste du chemin à faire. Ainsi à Ouest -France, il y a 42 % de femmes dans la rédaction en 2015 contre 5,6 % en 1987, mais elles ne sont que 36 % dans les postes de direction.

Là où des règles pour atteindre la parité ont été mises en place, c’est souvent à la suite d’une prise de conscience des femmes journalistes, d’un audit qu’elles ont menées et de négociations qu’elles ont réussies à imposer.

On mesure à lire ces contributions combien les blocages sont cependant encore forts. A l’AFP où une série de recommandations à été édictées pour respecter la parité et chasser les stéréotypes sexistes, il est encore nécessaire que la directrice de l’information « demande à ce que la formulation d’une dépêche sexiste ou stéréotypée soit réécrite ». Sylvie Pierre-Pierre Brossolette, membre du CSA , concède que « le fait d’agiter le bâton est malheureusement le seul moyen d’agir efficacement  » dans l’audiovisuel. Elsa Freyssenet des Échos note deux freins à la parité réelle dans les rédactions: d’une part « l’égalité professionnelle n’est pas considérée comme prioritaire par les directions« , d’autre part « la parité implique une forme de partage du pouvoir… ».

Une enquête auprès de 17 écoles de journalisme montre que c’est là que l’effort doit aussi porter, car « il parait difficile aujourd’hui de former de futur.e.s journalistes sans les sensibiliser aux logiques de genres, tant elles structurent les conditions d’exercice du métier et les modes de traitement de l’information » écrivent ses auteurs. Mais seules 3 écoles sur les 17 étudiées ont « des cours spécifiquement dédiés aux questions de discriminations, de stéréotypes, et d’égalité femmes/hommes« . Pour les autres, la question du genre s’invite quelques fois dans certains cours.

Parfois du bout des lèvres, au nom d’une approche qui prône l’égalité dans la différence. « Discours contreproductif », écrit dans la conclusion de ce livret Brigitte Grésy, secrétaire générale du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes , car « les hommes et les femmes ne sont pas faits pareils mais peuvent faire pareil dans la majorité des cas ».

Pierre Ganz

Le livret « Femmes, hommes, mode d’emploi dans les médias  » édité par l’Alliance Internationale des Journalistes peut être téléchargé ici