La « déontologie sur mesure »

Envoyé le 10 décembre 2014

AP Photo/Craig Ruttle

Thomas Kent (AP Photo/Craig Ruttle)

« Construisez votre code d’éthique personnel »

Lors de la journée sur les nouvelles pratiques du journalisme 2014 de l’Ecole de journalisme de Sciences Po, il y a eu une conférence très stimulante de Tom Kent, éditeur en charge de la déontologie à Associated Press et promoteur de « Construisez votre code d’éthique personnel » de la Online News Association. J’en résume ci-dessous les principaux points :

Tom Kent affirme tout d’abord que le besoin d’une boussole éthique, qui différencie les journalistes des « autres », est sans cesse croissant. En outre, les journalistes côtoient dans les salles de rédaction online de plus en plus des personnes émanant des nouveaux métiers qui n’ont pas été formés à la déontologie journalistique. Enfin, l’ère numérique pose des questions neuves sur les pratiques déontologiques.

Pour Tom Kent, le monde de la déontologie est à la dérive. Il y a alors une solution : on met à jour les codes, comme le font régulièrement des associations de journalistes de par le monde. Mais les nouveaux journalistes demandent une déontologie plus personnalisée et plus adaptée aux nouvelles pratiques. C’est pourquoi la Online News Association a décidé de créer ce jeu de construction pour que chaque journaliste l’adapte à sa propre déontologie. Build Your Own Ethics Code

Ce jeu se déroule en trois étapes.

Première étape : « 12 principes non négociables », répartis en 4 catégories, « dire la vérité », « les conflits d’intérêts », « l’audience », « les comportements personnels ». Si vous êtes d’accord avec ces principes, vous pouvez continuer. Sinon, rebroussez chemin ; avec un sous-entendu, vous ne faîtes pas de journalisme.

Ensuite viennent les principes sur lesquels on peut poser des questions

Deuxième étape : « Votre journalisme est-il objectif ou de point de vue ? » Si vous avez un point de vue, il faut que ce soit un choix assumé et qu’il soit transparent pour le public. On peut faire du bon journalisme de point de vue, mais il faut le mentionner.

Ensuite viennent 40 questions spécifiques, qui peuvent être discutées selon les situations, les entreprises, etc. En voici les principaux items, dans le désordre et parfois regroupés.

  • L’interview, l’échange par mail, les chats, etc.
  • Dissimuler son identité de journaliste et caméra cachée
  • Les stéréotypes raciaux, ethniques et genrés
  • Les obscénités et vulgarités, le sensationnel et le « gore »
  • Prix et concours
  • Cadeaux et voyages de presse. Accepter de l’argent de mécènes et de fondations
  • La censure
  • La gestion des sources et la confidentialité
  • Les conflits d’intérêts
  • L’interactivité, les contenus générés par les publics, les commentaires en ligne
  • Le traitement des discours de haine
  • Le data journalisme
  • Les activités politiques des journalistes
  • La protection des free-lance et des fixeurs
  • La gestion de la situation d’otage
  • Les attentats
  • Le traitement des suspects et des victimes
  • Les suicides, les enlèvements
  • Les enfants, leur représentation, images et interviews
  • Les noms dissimulés et l’exigence d’information
  • La vie privée
  • Le plagiat, les citations, les mentions d’emprunt, les liens
  • Photo et vidéo, montage, photoshop, etc.
  • Information et publicité, où est la ligne de séparation ?
  • Droit à l’oubli, destruction des archives et des traces sur les réseaux sociaux.
  • Parler de sa propre entreprise
  • Les corrections

Ce projet semble particulièrement intéressant et peut inspirer des réflexions à tous les membres de l’ODI.

Les liens (en anglais)

Patrick Eveno

Un commentaire

  1. L’idée est intéressante, mais sa présentation caricaturale… et destinée sans doute à faire le buzz. Quand on lit les documents avec attention, on s’aperçoit vite que sur les principes, il n’y a pas de distinction entre les médias, et qu’il est requis de s’y conformer éthiquement quand on est journaliste. Tant il est vrai qu’il ne peut y avoir principes déontologiques variant selon le support qui vous emploie. Ensuite, plus que de « déontologie personnelle », il semble que l’auteur invite les nouveaux médias et les journalistes isolés à s’interroger sur ce qu’ils veulent faire et être concrètement En grossissant le trait, Tom Kent accrédite l’idée que la déontologie est un libre service , ce qui arrangera chacun chaque fois qu’il sort des clous.