A propos de la reprise des images des caméras corporelles de la police

Envoyé le 22 mai 2016

En mars dernier, un policier de Burlington dans le Vermont aux Etats-Unis a tué un homme mentalement fragile menacé d’expulsion qui s’avançait vers lui armé d’un couteau de cuisine. Ce vieil homme suivi pour troubles psychologique était il réellement une menace à cet instant ? ont interrogé sa famille et ses proches.
Le procureur a considéré que le policier avait tiré en légitime défense et renoncé à le poursuivre. A l’appui de cette décision, le chef de la police de Burlington a décidé de communiquer aux médias les vidéos enregistrées par les caméras corporelles portées par ses hommes. Les enregistrements adressés aux rédactions ont été expurgés par la police des séquences redondantes, et surtout de celles montrant le moment où le forcené est atteint par des tirs, de celles filmant les services de secours tentant de le sauver, et de celles qui portaient atteinte à la vie privée du forcené ou de sa famille. Dans un mémo les accompagnant, le chef de la police avait demandé aux médias de ne pas les diffuser au public, arguant que si « la démocratie exige que la police rende des comptes sur l’usage de la force » cela ne devait pas conduire à « diffuser largement l’intégralité de ces enregistrements ».

Le fardeau du journaliste

Certains journalistes ont fait remarqué qu’à partir du moment où la police choisit de communiquer ces vidéos, il est regrettable qu’elle effectue un montage. Les journalistes ne sont ils pas les mieux à même de faire la balance entre l’intérêt de l’information et le respect de la vie privée de l’individu concerné et de sa famille, et donc de sélectionner dans le document brut ce qu’ils publient finalement ?
Les médias de Burlington ont gérés ces images de différentes façons. Certains les ont ignorés, jugeant qu’elles n’apportaient aucun élément réellement nouveau pour la compréhension des faits. D’autres n’ont publié que des images fixes, comme la radio publique du Vermont qui a finalement retirée, à la demande  de la famille, une saisie d’écran montrant le forcené le couteau à la main.
A l’inverse d’autres médias ont publié des montages des principales séquences de ces enregistrements, la directrice de l’un d’eux expliquant par exemple refuser par principe que « les informations soient aseptisées”. Le site Burlington Free Press a mis en ligne plusieurs heures de ces enregistrements, et son rédacteur en chef  renvoie au lecteur « la responsabilité de visionner ou pas ces images« . Tom Rosentiel, auteur de The New Ethics of Journalism: Principles for the 21st Century estime au contraire stupide de se contenter de dire « nous publions tout,  voici un lien ». « Le fardeau du journaliste » rappelle t il  « n’est pas de tout rendre public mais bien de faire des choix et de mettre en contexte pour aider le public à y voir clair ». PG.
lire (en anglais)
http://www.burlingtonfreepress.com/story/news/2016/05/11/burlington-police-shooting-videos-online/84236444/?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter
http://lawofficer.com/2016/05/video-officers-justified-in-burlington-vt-shooting/
http://www.burlingtonfreepress.com/story/news/local/2016/05/11/body-camera-video-ethical-questions/84238526/
http://digital.vpr.net/post/prosecutors-rule-shooting-mentally-ill-man-was-justified-police-release-body-camera-video#stream/1
http://www.sevendaysvt.com/OffMessage/archives/2016/05/12/media-note-news-outlets-face-tough-choices-on-graphic-police-videos