Santé mentale : un titre du quotidien La Provence pose la question des représentations des troubles psychiques véhiculées par les médias

Envoyé le 13 septembre 2017

Le 5 septembre dernier, le quotidien régional La Provence, publiait une enquête assez bien documentée sur le suivi des malades psychiatriques. Une initiative plutôt bienvenue, les sujets de ce type étant assez rares dans les médias grand public. Sauf que, le titre à la une du journal : « Les barjots, les schizos et les autres » donnait à cette question de santé publique majeure, un cadre et une orientation assez particuliers, loin d’être neutres. Considéré comme « insultant » et « stigmatisant »[1], il provoqua une vive émotion, notamment auprès des associations représentant les familles des personnes malades

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« De tels titres aussi racoleurs, explique Nathalie Pauwels chargée des relations presse F2RSM Psy des Hauts-de-France et chargée du déploiement du programme Papageno[2], enferment les personnes souffrantes dans la maladie. Il faut toujours remettre l’humain en avant et ne pas réduire l’individu à son trouble mental. D’un trait de plume, on a ici fait disparaître la personne sous une étiquette de « barjots », de « schizos ». On ne dira jamais « les cancéreux » sans qu’on se rende compte immédiatement combien c’est insultant ou humiliant. La façon de nommer dans les médias les personnes souffrant de troubles psychiques joue un rôle déterminant dans la reproduction de telles images négatives auprès des lecteurs. Ce titre à la une est un dérapage vraiment regrettable. Heureusement, de tels propos, sont, aujourd’hui, peu courants dans la presse ».

Une information plus responsable en psychiatrie

Cette polémique suscitée par La Provence (qui visiblement n’a pas été du goût du quotidien[3]) s’analyse aussi comme une préoccupation déontologique dès lors que l’on se place dans une « approche plus respectueuse des réalités vécues par les malades et leur entourage ». Cela interroge la manière de communiquer sur la santé mentale sans construire des représentations stéréotypées lourdes de conséquences qui, d’une part, attisent la méfiance et la peur vis à vis des malades psychiques alors que les études montrent que ces derniers sont davantage victimes de violences plutôt qu’auteurs d’actes violents et, d’autre part, toute stigmatisation conduit inévitablement à isoler les personnes en souffrance, à les exclure de toute vie sociale et à retarder l’accès aux soins.

Pour Nathalie Pauwels, « les professionnels de la santé mentale doivent aussi se mobiliser davantage pour délivrer des informations, sensibiliser et mieux accompagner les journalistes ». « Il faut, dit-elle, favoriser l’altérité en créant des espaces de réflexion, des lieux de rencontre entre les acteurs des médias et les psychiatres. De telles initiatives ne peuvent que contribuer à une meilleure connaissance de la maladie mentale, éviter les amalgames et les informations erronés. En d’autres termes, délivrer une information qui soit juste – ce que recherche tout professionnel des médias ».

Il s’agit donc bien de contribuer à la production d’une information responsable en psychiatrie. De nombreux journalistes partagent cet objectif et se retrouvent notamment au sein de l’Association des Journalistes pour une Information Responsable en Psychiatrie : AJIR PSY. Pour cette jeune structure : « Tout discours stigmatisant n’est pas sans conséquence sur la recherche, l’organisation du système de santé, l’attribution de soutiens financiers… », et l’association rappelle également que « la souffrance des malades psychiques a droit a autant d’égards que celle vécue dans d’autres pathologies ».

Marie Christine Lipani

 

[1] Voir, entre autres, les articles suivants :  Maladies psychiques, la violence des stéréotypes, par Pierre Bienvault, La Croix, le 6 septembre 2017, http://www.la-croix.com/France/Maladies-psychiqyes-violences-stereotypes-2017-09-06-1200874807?from_univers=lacroix

« Barjot », « schizos »… les malades psychiatriques toujours stigmatisés, par Charlotte Belaich, Libération, le 8 septembre 2017, http://www.liberation.fr/france/2017/09/08/barjots-schizos-les-malades-psychiatriques-toujours-stigmatises_1594788

[2] La Fédération Régionale de Recherche en Psychiatrie et Santé Mentale des Hauts-de-France (F2RSM) à travers le programme Papageno vise à sensibiliser les journalistes et les étudiants en journalisme à un traitement médiatique plus juste et responsable du suicide. http://www.papageno-suicide.com

[3] Voir l’éditorial de Franz-Olivier Giesbert du 8 septembre