Suicide en direct sur des télévisions thaïlandaises : entre mises en garde et cynisme

Envoyé le 31 mai 2016

Un maitre assistant de l’université de Bangkok abat à le 19 mai deux de ses collègues qu’il accuse d’avoir de faux diplômes. Il se réfugie dans un hôtel proche de l’université et menace de mettre fin à ses jours. La police et sa famille tentent pendant plusieurs heures de le raisonner. Les chaines de télévision en continu retransmettent en direct la situation. Des psychiatres, des universitaires, l’association des journalistes thaïlandais et le régulateur des médias audiovisuels, – National Broadcasting Télécommunications Commission (NBTC) – invitent sur les réseaux sociaux les médias à la prudence. Ils invoquent non seulement l’éthique mais aussi le respect des lois relatives aux contenus télévisés. Mais plusieurs chaînes poursuivent le direct. Jusque et y compris lorsque sur le parking de l’hôtel l’enseignant porte le canon de son arme à sa tempe et tire. Une des chaines qui a mis le direct sur sa page Facebook a enregistré 40 000 vues simultanées à cet instant.

Pression accrue par le direct

L’affaire a nourri les commentaires dans les heures et les jours qui ont suivis. Plusieurs ont souligné que le stress du désespéré était accru par la pression des médias en direct , et que « la technologie qui permet le direct a été le doigt qui a déclenché le tir » . D’autres ont rappelé que se laisser emporter par les émotions était contraire à l’éthique. Les responsables des chaines qui ont diffusé se sont justifié sans état d’âme : « nous devons diffuser parce que le public suit  (…) ceux qui nous critiquent  devraient laisser le public décider par lui même ce qu’il peut supporter »  ,  « Notre travail est de présenter les faits . Nous ne sommes pas des amateurs qui ne couvrent que les cérémonies d’ouverture des événements » lit on par exemple dans des échanges sur les réseaux sociaux. Le président de l’association des journalistes de télévision de l’audiovisuel thaïlandais a au contraire condamné cette diffusion, « contraire aux principes de base de l’éthique » . D’autres journalistes se sont inquiété de ce que cette course à l’audience et au sensationnel offre une opportunité pour le gouvernement d’accélérer l’adoption de loi de contrôle des médias. Le premier ministre thaïlandais a d’ailleurs clairement averti les médias  : « combien de fois dois-je vous prier de ne pas montrer les images publiques ou des images contenant des scènes violentes ?« 

Il n’est pas exclu que le régulateur de l’audiovisuel prenne des sanctions contre les médias qui ont diffusé ce suicide en direct. L’association des journalistes thaïlandais souhaite elle  que les chaines se réunissent pour poser ensemble pour l’avenir des règles éthiques de diffusion.PG.

 lire (en anglais) :http://www.nationmultimedia.com/national/Media-in-spotlight-over-its-coverage-of-lecturer-s-30286389.html et http://ethicaljournalismnetwork.org/en/contents/a-police-siege-and-then-suicide-a-thai-lesson-in-ethical-choices